C'est le voyage dont on parlait depuis 3 ans : traverser l'Amérique du Nord d'est en ouest, en véhicule électrique, en tractant une roulotte. Cette fois, on l'a fait — 13 000 km en 28 jours, de Montréal jusqu'à Vancouver et retour, avec toute la famille et des amis en convoi. Est-ce réalisable en électrique en tractant une roulotte? La réponse courte : oui, mais attache ta tuque.
Le voyage en chiffres
| Distance totale (aller-retour) | Environ 13 000 km |
| Durée | 28 jours |
| Convoi | Notre Tesla et sa roulotte, des amis avec un pickup et une grosse roulotte, et le beau-père avec son motorisé (classe C) — plus nos deux filles de 15 et 17 ans |
| Consommation Chicago → Yellowstone (avec roulotte) | Environ 280-290 Wh/km (planifié conservateur à 300-400 Wh/km) |
| Recharges Chicago → Yellowstone | Environ 10 recharges en 2 jours, pour un total de 144 kWh, 100 % réseau Tesla |
| Espacement moyen entre les arrêts | Environ 150 km (parfois 200, plus rarement 250) |
Petit rappel qui a son importance : quand on tracte une roulotte, ABRP (A Better Route Planner) doit être configuré pour en tenir compte. On a eu la surprise, un soir, de réaliser qu'on avait oublié ce paramètre depuis le début de notre planification — sans lui, l'appli ne considérait pas notre remorquage, et un tronçon entre Chicago et Yellowstone, dans les montagnes, devenait carrément infaisable. Bon réflexe à avoir avant de partir!
L'itinéraire vers l'ouest
| Arrêt | Ce qu'on en retient |
|---|---|
| Chicago | Une très belle grande ville : architecture impressionnante, une rivière en plein centre-ville pour les croisières, des plages tout autour, de beaux parcs. Un aller-retour Chicago seul pourrait faire un beau petit voyage électrique. |
| Yellowstone (3 jours) | Geysers, lacs de couleur, un canyon à couper le souffle, des bisons, des ours, des wapitis et des traversées de chevaux qui nous ont retardés plus d'une fois. Un Supercharger dans la ville nous a permis de recharger chaque fois qu'on entrait ou sortait du parc. |
| Victoria (île de Vancouver) | On a évité le traversier direct depuis les États-Unis (doutes sur le dédouanement en bateau) : on est plutôt monté jusqu'à Vancouver, puis on a pris le traversier vers Victoria. De grands arbres, un port magnifique, des petites maisons colorées, un château visité — vaut clairement le détour. |
| Nanaimo | Plus haut sur l'île, une baie où l'eau était étonnamment chaude, des plages de roche magnifiques à explorer à pied. Un des campings les plus beaux du voyage, en pleine nature. |
| Vancouver (3 jours) | On a pris le métro pour visiter la ville plutôt que de conduire. Stanley Park et ses arbres géants nous ont marqués. Une ville qui mérite au moins autant de temps que Seattle. |
| Kelowna | On s'attendait à « une ville dans le désert » — surprise, on s'est installés presque dans la cour d'un vignoble. Dégustation avec vue sur un lac, dans ce qu'on nous a présenté comme le seul vignoble du genre au monde (à vérifier, mais l'expérience était superbe). |
| Banff et le lac Louise | Les premières vraies montagnes du voyage, encore plus imposantes qu'à Yellowstone. Le village de Banff, ses sources d'eau chaude, et surtout le lac Louise — clairement le coup de cœur du voyage, difficile à décrire tellement c'est beau. Truc à retenir : réservez l'accès au lac Moraine au moins 3 jours à l'avance, sinon vous risquez de le manquer comme nous. |
Le retour : dès le premier jour, ça brasse
Notre première journée officielle du retour nous a menés au parc provincial des Dinosaures, passé Calgary — un vrai désert avec des avertissements de serpents à sonnette, où l'on peut voir de vrais sites de fossiles protégés. Sympathique à visiter, mais vraiment au milieu de nulle part : rien à des kilomètres à la ronde, aucune borne de recharge alternative, et certaines régions hors Québec interdisent carrément la recharge sur leur terrain.
On a chargé à fond avant d'y entrer, puis tenté une recharge de dépannage au camping sur une prise TT30 à 24 A. Le lendemain matin, à peine 5 % de gagné — probablement une rallonge trop longue pour le courant nécessaire. On est repartis vers un chargeur Flo 50 A à une intersection... qui a refusé de démarrer, peu importe la méthode (carte, crédit, code QR). Un appel au 1-800 de Flo à 4 h du matin, dans le noir, et un représentant a réussi à le démarrer à distance. On ne sait toujours pas pourquoi ça n'a pas marché de notre côté — mais au moins, on a pu repartir.
Les grands défis du voyage
- Recharger dans les campings, ce n'est pas garanti. Au camping KOA de Yellowstone, la politique était écrite noir sur blanc : recharge strictement interdite — probablement à cause d'une installation électrique vieillissante, difficile à mettre à niveau en montagne. Première fois en 3 ans de camping qu'on se le fait dire. Notre conseil : informez-vous avant de réserver, surtout si vous payez pour un emplacement 50 A dans le but de charger.
- Toronto, en pleine heure de pointe. Habitués aux corridors de Superchargeurs bien alignés sur l'autoroute, on a plutôt zigzagué de ville en ville sur ce trajet, ce qui nous a menés en plein cœur de Toronto à l'heure de pointe — et un mélange avec le GPS nous a fait tourner en rond deux fois. Une heure perdue pour rien.
- Le bris du réservoir d'eau potable. Un accroc a fissuré un connecteur de notre réservoir en cours de route. Rien de dramatique une fois la pièce trouvée et réparée, mais ça a retardé notre arrivée au camping — heureusement, un ami du convoi nous précédait toujours et pouvait aviser le camping de notre retard.
- Une route bloquée, à 15 % de batterie, près de Yellowstone. Un accident immobilisait la route devant nous, justement dans le tronçon qu'on savait le plus serré côté autonomie. Après une attente d'environ 10-15 minutes et la réouverture de la route, on a pu continuer sans perdre l'autonomie qu'on craignait de perdre.
- Le moment le plus stressant du voyage : entre Kelowna et Banff. En pleine montée de montagne, la voiture — pour la première fois en 3 ans — nous a suggéré de faire demi-tour, la prochaine borne étant trop loin derrière nous pour y retourner. En observant que même les camions peinaient à monter à plus de 80 km/h, on a ralenti de 100 à 80 km/h et suivi les statistiques à la loupe. Une fois la descente entamée, la batterie a repris du mieux, et on est arrivés à la borne suivante avec 30 % de marge. Plus de peur que de mal, mais un sacré moment de doute.
Le verdict
Est-ce réalisable de parcourir plus de 13 000 km en électrique, en tractant une roulotte, en moins d'un mois? Avec une Tesla et sans remorque, aucun problème. Avec une roulotte, c'est faisable — on l'a fait — mais on n'est pas certains qu'un autre réseau de recharge aurait permis la même chose aussi facilement. Si vous partez avec une caravane et un véhicule d'une autre marque, prévoyez clairement plus qu'un mois.
Est-ce qu'on referait ce voyage? Sans hésiter. C'est un voyage à faire au moins une fois dans sa vie — peut-être avec une meilleure préparation, ou plus de temps pour prendre les choses plus tranquillement. Si vous cherchez un road trip électrique nettement plus simple en comparaison, jetez un œil à notre périple vers Myrtle Beach et Cap Hatteras de l'année précédente : les Superchargeurs alignés tout le long de la côte est américaine rendent ce trajet beaucoup plus prévisible, sans le zigzag qu'on a connu dans l'Ouest.
— Éric et Marie-Pier, VR en Électrique